Partie 3
ANDRE : Oscar tu es prête ?
Le commandant s’interrogeait : ne devait-elle pas tout de suite arrêter cette fourberie avant même qu’elle ne commence ? Se faire passer pour la maîtresse d’André pour rendre jalouse une autre femme, d’où avait-il bien pu sortir cette idée ? Autant certaines dames de la cour étaient expertes dans ces machinations, autant elle n’en revenait pas qu’André puisse utiliser de tels artifices.
OSCAR : André attends… j’ai bien réfléchi… je pense ne pas être la personne « adéquate » pour ce genre de « mission ».
ANDRE : mais non tu es parfaite au contraire…
OSCAR : non je suis sérieuse André… je suis certaine qu’une des jeunes servantes de Jarjayes ferait parfaitement l’affaire.
ANDRE : tu te trompes, je t’assure… aucune d’elles n’a ta prestance et toutes sont bien moins jolies… si je veux que ça marche, le mieux est que ce soit toi.
OSCAR résignée : très bien, j’ai dit que je t’aiderais, je t’aiderais. Alors quel est ton plan ?
ANDRE : le marché !
OSCAR : le marché ?
ANDRE : oui, Grand-mère m’a donné une liste de courses à faire.
OSCAR : oui mais et moi ?
ANDRE : mais toi tu m’accompagnes, tu es ma « maîtresse » ne l’oublie pas, il faut que tu sois à mes côtés.
Oscar ne put s’empêcher de tressaillir en entendant André la traiter de maîtresse. « Où cela va-t-il nous mener » s’interrogea-t-elle.
La calèche s’avança devant le perron du château. Le cocher descendit de son siège pour ouvrir la porte au fils du général.
COCHER : Où souhaitez vous que je vous conduise Monsieur de Jarjayes
OSCAR : je…
ANDRE en s’adressant au serviteur : laisse, je vais conduire Oscar moi-même.
COCHER : bien André.
Une fois, le domestique parti, André invita Oscar à monter dans l’habitacle.
OSCAR : qu’est-ce que ça veut dire André ? Tu ne prends pas la calèche d’habitude pour aller faire les courses ; et je te vois rarement la conduire.
ANDRE avec un petit sourire : c’est pour notre « mission »
OSCAR : mais…
ANDRE : monte, tu comprendras.
Oscar avait à peine posé les fesses sur le siège que la calèche entama sa course. Elle jeta un œil distrait sur la banquette qui lui faisait face. Ses yeux esquissèrent une lueur mêlée d’effroi et d’interrogation.
OSCAR hurlant à son cocher : André ! Qu’est-ce que c’est que ça !
André eut le sourire aux lèvres. « Dommage que je ne puisse pas voir la tête que tu fais, Oscar » pensa-t-il.
ANDRE : c’est pour notre « mission »
Oscar commençait à fulminer contre son ami. Outre le fait qu’il ne cessait de lui répéter « c’est pour notre mission », elle avait sous les yeux un large pan de tissu à fleurs et des souliers vernis. Elle n’osa pas déplier l’étoffe de peur de donner véracité à ses doutes. « Non pas ça… » Timidement, comme si le frôlement du tissu pouvait embraser sa main, elle se résigna … ses craintes étaient fondées : il s’agissait bien d’une robe, une robe simple sans aucune prétention, mais une robe !
OSCAR : André ! Tu ne comptes pas sur moi pour porter cette chose !
ANDRE plus menteur que jamais : je ne t’entends pas avec les chevaux… n’oublie pas d’enfiler ta robe avant de descendre. Tu ne voudrais pas qu’on croie que j’ai un homme comme maîtresse.
OSCAR : mais tu n’y penses pas … et si on me reconnaissait ?
ANDRE : aucune chance, là où nous allons, personne ne connaît Oscar de Jarjayes … et avec les cheveux attachés…
OSCAR : hors de question ! J’en ai assez, laisse moi descendre !
André stoppa les chevaux sous l’ordre. Sans bouger de son siège : « bon dans ce cas, je te ramène à Jarjayes … je trouverais une autre solution… » dit-il d’un ton désespéré.
La manière dont il prononça cette dernière phrase transperça Oscar : « très bien… tu as gagné ».
Aussitôt les rênes claquèrent et la calèche reprit son voyage.
« Merci Oscar » murmura le jeune homme.