Beaucoup de matin, beaucoup de soir, beaucoup de nuits ont défilé depuis qu’il est partit. Des jours, des semaines, des mois, des années se sont enfuies depuis ce départ. Beaucoup trop de temps. Trois années, trois années ont filées… Tous ces jours remplis d’inquiétude pour toi, mon Ange… Plus d’inquiétude que pour une simple amitié… Mais, ma Rose, tu ne voudras jamais l’avouer. Je te connais trop. La seule chose qu’il ne pourra jamais me prendre : la clef de ton cœur.
Pendant ces trois années, tu t’es éloignée de moi… Tu glissais sur la vie, comme la rosée sur un pétale de rose, comme tes doigts sur ton clavecin… Tu glissais comme un fantôme… Tu étais à la fois forte et faible… Présente et absente… Tes yeux ne reflétaient plus que l’inquiétude, la douleur de l’attente… Je me souviens, le soir, dès que tu entendais un bruit de sabots, tu te précipitais dehors… De crainte qu’on ne t’apporte de mauvaises nouvelles… Ou par espoir : Si c’était lui ? Tu oubliais que s’il revenait, tu ne serais pas la première personne à le savoir… Son cœur est déjà pris… Tu ne serais peut être que la deuxième… Mais cela, je n’ai jamais osé te le dire… Je refusais de te voir et de te faire souffrir… Je refusais que tes yeux, déjà si tristes, versent une larme de plus que celles qu’ils devaient déjà verser dans la solitude de ta chambre. Mais le pire pour toi, Mon Amour, ce devait être de lire les lettres aussi brèves soient-elles qu’Il écrivait à la Reine… Si tu savais combien je t’ai plains… J’avais mal pour toi… Mon cœur saignait… Mais toi, tu ne semblais rien ressentir… Rien ne t’atteignait, ma Rose…
Puis, il revenu. Il fallait bien qu’il revienne… Peut être cela valait-il mieux. Comment aurais-je pu accepter de voir ton cœur éclater en petits morceaux… C’est ce qui se serait passer s’il était mort… Je n’aurais jamais pu accepter de te voir ainsi… Et de ne pouvoir rien faire… Mais il est revenu et, comme par magie, tu as retrouvé ton merveilleux sourire. Tes yeux ont retrouvés leur éclat. Tu as retrouvé ta joie de vivre… Tu ne voyais pas combien j’avais mal. Mais, comment aurais-tu pu lutter contre les élans de ton cœur ? Que tu saches ma souffrance n’aurait rien changé, à part, peut être l’augmenter dans nos deux cœurs. Mais, pourtant, chaque seconde, je mourrais un peu plus. Chaque sourire que tu lui adressais, chaque mot, était comme une lame, enfoncée dans mon cœur.
Il aurait le droit de poser ses mains sur ton corps,
Il aurait le droit de respirer ton odeur
Il aurait même le droit aux regards qui le rendraient plus fort
Mais moi la chaleur de ta voix dans le cœur
Et ça fait mal crois-moi, une lame
Enfoncée loin dans mon âme
Regarde en toi, même pas l’ombre d’une larme
Et je saigne encore, je souris à la mort
Tout ce rouge sur mon corps
Je te protège quand même, dans un dernier effort
Il aimera caresser ton visage quand tu t’endormiras
Et toi, tu te permets de dire encore, encore
Je sais que ce qui ne tue pas nous rend plus fort
Mais moi, mais moi je suis déjà mort[Paroles modifiées de « Je saigne encore » de Kyo]
Malgré ma douleur, je ne pouvais m’empêcher d’être heureux pour toi et d’avoir peur, toujours pour toi. J’étais heureux car tu découvrais les sentiments qui auraient dus faire le bonheur des hommes. Les sentiments que je ressentais pour toi depuis bien des années. Peut être, après y avoir goûté, tu m’aurais regardé comme un homme ? Je continuais d’espérer… Comme un fou !
Et, bien sûr, j’avais peur. Comment aurais-je pu ne pas avoir peur ? Tu te créais un monde d’illusions, ton rêve… Et tu ne voyais pas qu’il se mourrait d’amour pour une autre. Ou tu ne voulais pas le voir. Et lui, lui, ne voyait pas combien, même si tu paraissais heureuse, tu souffrais. Je le maudissais et je le jalousais. Je sais qu’il ne savait pas ton amour… Combien de fois ai-je failli aller le voir et le prier, le supplier de retourner chez lui ? Combien de fois ? Mais pour toi, je me retenais. D’un côté, je voulais lutter contre ton amour, de l’autre, je voulais l’encourager. Car, ma Rose, tu mérites le bonheur, avec moi ou avec un autre.
Puis, il fallait que ça arrive, tu as dévoilé ta véritable nature. Je me souviendrais toute ma vie de cette beauté céleste que tu étais. Une Rose, fils de Mars et fille d’Athéna, un Ange… Tout simplement : mon Oscar ! Ta robe bleue découvrait parfaitement tes formes… Et cet imbécile qui n’a compris qu’un mois plus tard ! J’enrage !
Et cette visite qu’il t’as faite, après… Pour te dire qu’il t’avait reconnu… J’aurais pu le tuer… Ne voyait-il pas la peine qu’il te faisait ? Etait-il aveugle à ce point ? Etait-il à ce point aveuglé par son propre amour ?
Puis le temps a passé.
Fersen est reparti. Je crois que tes sentiments pour lui aussi. Mais en as-tu seulement déjà eus ?
Mon Amour pour toi n’a cessé d’augmenter… Un jour, ou plutôt un soir, j’ai faillit commettre l’irréparable… J’ai faillit te briser… Mais tu m’as pardonné… Je me demande encore si je l’ai mérité… Mais tu voulais m’éloigner de toi… Tu voulais être autonome… Mais Oscar, ne sais-tu pas, que n’importe où et n’importe quand, je veille toujours sur toi ? Bien sûr que tu le sais, c’est ainsi depuis notre enfance… Temps béni… Mais pour une fois, contre toi, j’ai gagné… Je suis resté à tes côtés…
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Presque automatiquement, je cherche ses yeux verts… Et la sécurité qu’ils dégagent… Mais tu ne me vois pas… Tu parles avec Alain…
Je retourne derrière mon bureau. J’ai beau tenter de remplir mes rapports, les lettres dansent sous mes yeux. Je ne parviens plus à me concentrer depuis que j’ai compris…
Quelle idiote j’ai été de vouloir te séparer de moi ? Comment ai-je pu croire que je pourrais y survivre ? Heureusement que tu es passé outre mon ordre… Inconsciemment, tu viens encore de me sauver la vie…
Oh André !! Mon Cher André !! As-tu toujours les mêmes sentiments pour moi ? Moi qui t’ai tant fait souffrir…
Je t’ai fait perdre ton œil, je t’ai poussé à bout et je t’ai fais plus que souffrir avec mon illusion sur Fersen… Quelle bêtise ! Nous aurions pu tant partager ! Tant d’années gâchées… A courir après l’honneur ou après des illusions…
Une violente toux m’interrompt dans mes pensées. Cette fois-ci, elle m’arrache les poumons. Quand enfin elle se calme, je regarde tristement le contenu de mon mouchoir : du sang !
Je regarde à nouveau par la fenêtre et vois André et Alain en plein duel à l’épée. Je sens mes yeux se voiler de larmes. Pour une fois, je les laisse couler. Elles me font du bien. Je ferme les yeux et n’entends pas la porte s’ouvrir. Je n’entends pas non plus André me demander si je vais bien et ce que je lui cache. Je ne peux pas croiser son doux regard. Ce serait trop dur ! Par chance, quand il est entré, je lui tournais le dos ainsi, il ne voit pas les larmes qui défilent sur mes joues.
Il sort.
Quelques mois sont passés.
Le peuple gronde. Et il a raison…
Moi, je me suis décidée à consulter un médecin… Bien que j’étais sûre du diagnostic… Une tuberculose… Incurable… Un long chemin parsemé d’obstacles pour espérer quoi ? Vire quelques mois de plus, avec de la chance. Je refuse également de rendre mon épée… On a encore besoin de moi…
Oh Mon Dieu !! J’ai… J’ai aussi appris qu’André, mon seul amour, allait bientôt devenir aveugle… Par ma faute… C’est ma faute ! Pourquoi ne m’en veut-il pas ? Pourquoi ? Et moi qui l’aime de plus en plus… Je commence à comprendre quelle a été son agonie pendant toutes ces années… Mon Amour, pourras-tu un jour me pardonner ?
Sinon, le Roi et la Reine persistent dans leurs erreurs.
« Pardonnez-moi, Altesses, mais cette fois-ci, je ne pourrais vous servir… Pardonnez-moi ! »
Le peintre Armand vient de finir mon portrait. Une première pour moi : poser devant un chevalet ! Mais je tiens à leur laisser une trace de moi… Puisque je suis condamnée… Je ris toute seule rien qu’en pensant à ce qu’André me dirait, pour me consoler. « Oscar, nous sommes tous condamnés, et ce, dès qu’on nés ! On peut mourir aujourd’hui, demain, ou dans dix ans… Quelle importance, puisqu’on doit tous mourir ! » Et rien qu’avec cette phrase, il aurait chassé mes peurs… Si seulement je pouvais lui en parler…
Alain vient de partir.
Je me prépare pendant qu’André selle les chevaux. Je suis dans ma chambre. J’ouvre la fenêtre en grand. Je respire l’air, pourtant chaud et étouffant, de juillet. Je lève les yeux vers le soleil orangé. Le visage de mon aimé le remplace et me souris. Je sens mon cœur comme éclater…
« C’est décidé ! André, je vais t’avouer que je t’aime ! En ces temps troublés, on ne sait jamais de quoi demain sera fait… »
Plus légère que jamais depuis quelques mois, je sors de ma chambre.
Devant l’écurie, j’entends des bribes de conversation :
_Il faut que tu vives, André ! Je te confie Oscar, je te la donne !
_N’ayez crainte, je veillerais sur elle au péril de ma vie !
Je prends un visage fermé. Je n’aime pas qu’on décide pour moi !
Depuis deux heures, André et moi avançons silencieusement. André saigne de la tête. J’ai du mal à me retenir de courir vers lui pour le soigner ou tout simplement, l’embrasser…
Je lui demande de ses nouvelles. Il me ment et je décide de jouer franc-jeu.
_J’hésite à te croire. Tu m’as si souvent trompé sur ta santé.
Bien qu’il soit déjà pale, je le vois pâlir encore.
_Que veux-tu dire ? bégaie-t-il.
Je lui raconte ma visite au docteur Lassonne. Par chance, il ne me demande pas ce que je faisais là-bas, je ne l’aurais probablement pas supporté… Je finis mon récit. Voyant qu’il se tait toujours, j’en profite pour lui annoncer :
_Tu es relevé de ton service !
Il baisse ses yeux, relève la tête et sourit… Mais pas un sourire heureux… Un sourire… Mélancolique ?
_Si je te quittais ce serait comme si je mourrais !
A ces mots, je fonds en larmes et je me mets à m’emmêler dans mes explications sur mon amour pour Fersen… Pour finir par :
_Pourras-tu un jour me le pardonner ?
Là, il m’avoue qu’il m’aime… Mes yeux versent encore plus de larmes qu’avant… Mes mains tremblent… Mon cœur éclate… Ma tête tourne… Malgré tout ça, je parviens à articuler :
_Moi aussi, je t’aime, André !
« Je t’aime »… Ces quelques mots sont magiques… Ils peuvent faire le bonheur de deux êtres… C’est merveilleux de l’entendre et c’est aussi beau de le dire… De savoir que notre cœur bat pour quelqu’un…
Doucement, ses lèvres effleurent les miennes. Mon premier baiser. Au fond de moi, j’en avais tellement rêvé !
Je m’abandonne toute entière à lui, et à son amour.
Dans l’herbe, nous nous aimons… Je lui appartiens… Je suis sa femme… « Sa femme »… Deux autres mots également magiques… Nous nous aimons dans le secret des lucioles et des étoiles… J’ai fermé, à tout jamais, la porte dont j’avais parlé, il y a quelques années. La clef était l’amour d’André… Mon tendre amour…
Epuisée, je pose ma tête sur son torse. De ma vie, je ne pense pas avoir été un jour aussi heureuse ! J’en ai oublié ma malédiction… Je ferme les yeux… André me serre plus fort contre lui… Enlacés, nous nous endormons.
Dans la nuit, j’ai l’impression que les étoiles, les lucioles, le monde entier chante… Un hymne à l’amour…
Aimer, c'est ce qu'y a de plus beau
Aimer, c'est monter si haut
Et toucher les ailes des oiseaux
Aimer, c'est ce qu'y a de plus beau
Aimer, c'est voler le temps
Aimer, c'est rester vivant
Et brûler au coeur d'un volcan
Aimer, c'est c' qu'y a de plus grand
Aimer, c'est plus fort que tout
Donner, le meilleur de nous
Aimer, et sentir son coeur
Aimer, pour avoir moins peur
Aimer, c'est ce qu'y a de plus beau
Aimer, c'est monter si haut
Et toucher les ailes des oiseaux
Aimer, c'est ce qu'y a de plus beau
Aimer, c'est voler le temps
Aimer, c'est rester vivant
Et brûler au coeur d'un volcan
Aimer, c'est c' qu'y a de plus grand
Aimer, c'est brûler ses nuits
Aimer, c'est payer le prix
Et donner un sens à sa vie
Aimer, c'est brûler ses nuits
Aimer, c'est ce qu'y a de plus beau
Aimer, c'est monter si haut
Et toucher les ailes des oiseaux
Aimer, c'est ce qu'y a de plus beau
Aimer...[Aimer de Roméo et Juliette]
Fin…
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Aimer sans être aimé(e), c'est déjà de l'amour...
EléonoreRosy